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L'histoire est un passé partagé, travaillons ensemble afin que notre avenir le soit équitablement.

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Ça ne parait pas.


Cette phrase, je l’ai entendu souvent. Généralement ça commence par « Salut, moi c’est Marketa. » « Ah oui? C’est un beau nom, ça vient d’où? » « C’est tchèque. Je suis né là-bas. »
« Ah. Ça paraît pas. »


À la lumière des événements récents, nés d'une idéologie ancienne, mais qui malheureusement perdure, il est impossible d'ignorer l'appel aux armes (au sens figuré, bien sûr!) de nos concitoyens.

Je vois des entreprises s'engager à changer leurs stratégies de recrutement et leurs campagnes marketing pour mieux représenter la diversité de la race humaine.

Des intentions louables si et seulement si elles sont suivies d'actions appropriées.

Alors, que fait MLKO pour lutter contre le racisme? Comment une petite entreprise individuelle dans un village rural du Québec peut-elle mettre en valeur la diversité alors que ma seule mannequin est une bonne amie que je ne peux me permettre de payer qu'en vêtements?

Eh bien, je fais ce que j'ai toujours essayé de faire. Montrer l'exemple, écouter, apprendre et partager mon histoire dans l'espoir qu'elle encourage les autres à écouter et à partager leurs propres histoires, qu'elles aient traversé l'océan ou qu'elles soient cultivées à même la terre de leurs ancêtres.
Le mot «histoire» vient du mot latin historia, qui signifiait «récit historique», et en grec ancien signifiait «récit». Notre récit, aussi différent à première vue soit-il, est étroitement lié historiquement, d'une manière qui ne pourra jamais être effacée ou oubliée. Mais l'histoire doit être notre professeur, pas une excuse pour notre comportement.



Voici une partie de mon récit, loin d’être unique.

Ma famille a émigré (comme tant d’autres à cette époque) de la République tchèque alors que j'avais à peine 3 ans. Mes parents ont d'abord demandé l'asile politique en Autriche, où nous avons vécu pendant un an dans un camp de réfugiés avant d'obtenir le visa nécessaire pour entrer au Canada.

Bien que le fait d'être blanc ait dû alléger le fardeau de l'adaptation, je me suis rendu compte très jeune que la différence était une menace dans la cour d'école. L’évasion n’était qu’une des techniques que j’ai appris à maîtriser rapidement. Et je croyais que l’invisibilité était mon superpouvoir. En réalité, mon véritable pouvoir, c’était ma blancheur.

On dit souvent que les enfants, c’est comme des éponges. Des éponges qui absorbe tout. Tous les mots, toutes les expressions, tous les écrits. Une enfant qui ne comprend pas le sens des comptines de cour d’école a toujours soif. Soif de mots. Elle les apprend un par un, les répète des centaines de fois, puis ose les prononcer. Et elle observe la réaction des autres.

Observer, répéter, imiter, adapter.

J’apprends notamment que les autochtones qui habitaient à côté de chez nous, on les appelle les « kawiches ». Eux, ils sont vraiment différents. Pas comme moi. Ma différence, elle, ne paraît pas. Tant que ça reste de même, je serai correcte. Je serai protégée. Contre quoi? Bonne question. Contre quoi suis-je protégée par la simple couleur de ma peau? Demandez aux autochtones. Demandez aux personnes de couleur. Pas mal certaine qu’ils ont une bonne liste.


Mais à force de faire comme tout le monde, de noyer sa différence, on finit par se perdre. L’invisibilité, si bien maîtrisée, devient une prison de verre. Difficile de s’exprimer sans risquer de faire voler en éclat son sanctuaire. Les injustices restent indénoncées, la colère, étouffée. On n’ose pas se prononcer, de peur de bousculer ceux qui, après tout, nous ont quand même accepté. Faudrait pas être ingrat.

Un homme discute à côté de moi durant une fête de quartier. « J’ai déménagé ici parce qu’y a moins d’importés que dans le quartier où j’étais avant. » À ces paroles, je sursaute. Mais ça ne parait pas. Ces paroles restent gravés dans ma mémoire. Et mon inaction devient consentement.

La lutte pour la justice raciale commence à la maison. Cela signifie s’arrêter pour réfléchir à ses actions, les mots prononcés, le ton employé. Discuter avec ses enfants d'une manière qui cultive leur curiosité innée et leur magnanimité. Les enfants qui m'ont tabassée quand j'étais jeune ne l'ont pas fait parce qu'ils étaient racistes, ils ne connaissaient tout simplement pas d'autres histoires que celles qu'on leur avait racontées.

L’humanité a besoin plus que jamais que nous unissions nos voix. Surtout celles que nous avons tues depuis trop longtemps.

Si vous connaissez quelqu'un qui a une histoire différente de la vôtre, demandez-lui de la partager en sirotant un café sur le balcon, et écoutez, sans jugement, mais avec un esprit ouvert. Si quelqu'un vous demande de partager votre histoire, faites-le sans attente, avec le cœur ouvert.

Plus nous nous écoutons, plus nous en apprenons sur le fil conducteur qui nous a réuni. Ensemble, tissons le canevas social permettant à chacun.e de s’épanouir librement, sans craindre l’autre.

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